1. Profil académique
Je suis politiste et mes travaux se situent au croisement de la théorie politique, de l’histoire de la pensée politique et des relations internationales. Ils portent sur les façons dont le pouvoir politique est pensé, légitimé et contesté dans des contextes historiques, intellectuels et institutionnels variés.
Au cœur de mon travail se trouve un intérêt pour l’historicité des concepts politiques. J’étudie la manière dont des notions telles que la légitimité, la souveraineté ou l’espace public prennent sens dans des langages politiques spécifiques, et comment elles contribuent à la formation de l’ordre politique, de l’État et des représentations collectives de soi.
Mes premières recherches ont été consacrées aux mirroirs des princes islamiques et ottomans de conseil politique et aux vocabulaires de la légitimité dans la pensée politique prémoderne. Dans le prolongement de ces travaux, je développe aujourd’hui une réflexion sur les formes modernes de l’autorité étatique et de la souveraineté, dans la vie politique comme dans les relations internationales.
La Turquie constitue, à cet égard, un terrain historique et conceptuel privilégié. Plutôt que de l’envisager comme un simple cas empirique, je l’aborde comme un espace à partir duquel peuvent être interrogées des questions plus larges relatives à l’État moderne, à l’autorité politique et à l’ordre international.
Sur le plan méthodologique, mes travaux associent contextualisme linguistique, histoire conceptuelle et analyse interprétative du politique. Je m’intéresse aux échanges et aux collaborations scientifiques dans les domaines de la théorie politique, de la théorie des relations internationales, de l’histoire conceptuelle, de la politique turque et de l’histoire de la pensée politique.
2. Parcours universitaire et intellectuel
Ma formation en science politique a débuté à l’Université Galatasaray, où s’est affirmé mon intérêt pour la théorie politique et l’histoire de la pensée politique moderne. Durant mes études de licence, un séjour d’échange à l’Université du Québec à Montréal m’a permis d’approfondir la lecture de Hannah Arendt, Karl Marx, Friedrich Nietzsche et Michel Foucault. Dès cette période, mon parcours s’est structuré autour d’une interrogation qui demeure au cœur de mes recherches : comment l’autorité politique se constitue-t-elle, se justifie-t-elle et transforme-t-elle les conditions de la liberté collective ?
Cette interrogation a d’abord pris forme dans mon mémoire de licence, Le démantèlement de la liberté et de la moralité : la domination de l’État sur la sphère politique chez Arendt. À partir de la distinction arendtienne entre action politique et domination, j’y ai étudié la manière dont l’extension du pouvoir étatique peut altérer les conditions de la liberté et de la responsabilité politiques. Ce travail a constitué le point de départ d’une réflexion plus large sur les formes historiques de légitimation et de contestation du pouvoir.
J’ai poursuivi cette réflexion à l’École normale supérieure de Lyon, où j’ai préparé un master en Histoire de la pensée politique, avec le soutien de la bourse Ampère de l’ENS de Lyon et de la bourse Eiffel du gouvernement français. Mon mémoire, Gouverner la justice : la conception du gouvernement et de la justice chez Nizam al-Mulk, m’a conduit vers un corpus prémoderne, centré sur le Siyasatnama. Ce déplacement ne marquait pas une rupture avec mes premières préoccupations : il s’agissait plutôt de les historiciser, en examinant comment l’autorité et le gouvernement pouvaient être pensés et justifiés dans un langage politique organisé autour de la justice et de l’ordre.
Mon intérêt pour la pensée politique italienne, nourri à l’ENS de Lyon puis approfondi lors d’un séjour doctoral à l’Università degli Studi di Siena, a également joué un rôle important dans ce cheminement. En particulier, la lecture de Machiavel m’a permis d’affiner ma réflexion sur la littérature de conseil, sur la reconfiguration des rapports entre morale et politique et sur l’affirmation du politique comme domaine de raisonnement relativement autonome.
La confrontation de ces différents corpus m’a progressivement conduit vers le contextualisme linguistique. Cette approche invite à étudier les concepts politiques non comme des catégories intemporelles, mais comme des interventions situées dans des contextes historiques, argumentatifs et institutionnels précis. Elle structure mon attention à la circulation et à la transformation des vocabulaires de la légitimité, de l’autorité et de l’ordre politique.
Ma recherche doctorale, menée au département de science politique et de relations internationales de l’Université d’Istanbul, a constitué l’aboutissement de cette première étape de mon parcours. Consacrée aux textes ottomans de conseil du XVIIe siècle, elle a ensuite été publiée sous la forme de l’ouvrage Eski Rejimin Meşruiyeti: 17. Yüzyıl Osmanlı Nasihatnameleri Üzerine Siyasal Bir İnceleme (Les légitimités de l’Ancien Régime : enquête politique sur les nasihatname ottomans du XVIIe siècle). J’y montre que ces textes, souvent réunis sous un même genre littéraire et politique, articulent en réalité des conceptions distinctes de la légitimité et de l’ordre social, étroitement liées aux positions de leurs auteurs.
Cette formation historique continue de nourrir mes recherches actuelles sur la politique moderne et contemporaine et sur les relations internationales. En déplaçant mon attention vers les questions de souveraineté, de reconnaissance, d’autorité étatique et de subjectivité politique, je poursuis une même interrogation : comment les formes du pouvoir politique sont-elles historiquement produites, légitimées et contestées dans des langages et des institutions spécifiques ?
3. Enseignement et responsabilités académiques
J’exerce actuellement les fonctions de maître de conférences au département de science politique et d’administration publique de l’Université Nişantaşı à Istanbul. Auparavant, j’ai enseigné au département de science politique et de relations internationales de l’Université d’économie d’Izmir. Mes enseignements, principalement dispensés en licence, portent sur la théorie politique, l’histoire de la pensée politique, la politique comparée, l’histoire administrative de la Turquie et les idéologies politiques. Je les ai assurés en turc et en anglais ; je suis également en mesure d’enseigner en français.
Mon approche pédagogique accorde une place centrale à la lecture attentive des textes, à l’analyse conceptuelle et à la contextualisation historique. J’encourage les étudiants à mobiliser ces outils pour mettre en perspective les controverses politiques contemporaines et construire une argumentation rigoureuse.
Parallèlement à mes activités d’enseignement et de recherche, j’assume les fonctions de directeur adjoint du département, de coordinateur de la commission qualité du département et de membre de la commission de qualité de la faculté. Dans ce cadre, j’ai contribué au processus d’assurance qualité et d’accréditation à l’issue duquel le département a obtenu une accréditation de quatre ans délivrée par STAR, organisme disciplinaire reconnu par le Conseil de l’enseignement supérieur de Turquie.
4. Recherches actuelles et projets collectifs
Mes recherches actuelles portent principalement sur l’histoire intellectuelle et constitutionnelle de la Turquie moderne. J’y examine la manière dont les notions de légitimité, de démocratie et d’ordre constitutionnel ont été mobilisées pour définir, justifier et contester l’autorité étatique dans la Turquie moderne. Parallèlement à ce programme individuel, je contribue à plusieurs projets collectifs consacrés aux comportements électoraux, à l’innovation pédagogique en science politique et à la vie intellectuelle contemporaine en Turquie.
Un premier volet de mes recherches individuelles concerne le processus constituant ouvert en 1960 et ayant conduit à l’adoption de la Constitution turque de 1961. Je m’intéresse aux juristes impliqués dans ce processus, à leurs univers intellectuels et à l’évolution de leurs doctrines. Au-delà de leur dimension juridico-technique, j’analyse les débats constitutionnels comme un espace où se confrontent différentes conceptions de l’État, de la démocratie, de l’autorité publique et de l’ordre politique.
Un second volet, étroitement lié au premier, porte sur les formes plurielles du kémalisme dans la vie politique turque. Plutôt que de l’envisager comme une doctrine univoque et immuable, j’étudie le kémalisme comme un langage politique disputé et historiquement reconfiguré, à travers lequel différents acteurs ont pensé l’État, la société, la modernisation, la laïcité et la légitimité.
Ces deux recherches abordent, à partir de corpus distincts, une même question : comment l’État, la démocratie et la légitimité ont-ils été redéfinis et disputés dans la Turquie moderne ? La première l’examine à travers les débats constitutionnels et les trajectoires intellectuelles des juristes ; la seconde à travers les appropriations concurrentes d’un langage idéologique central de la vie politique turque.
Je participe également à un projet collectif consacré aux effets des crises politiques internationales sur les comportements électoraux. Cette recherche étudie la manière dont des événements de politique étrangère peuvent infléchir les perceptions de politique intérieure, les attitudes publiques et les préférences électorales.
Un autre ensemble de projets porte sur le renouvellement des méthodes d’enseignement de la science politique. Ces travaux explorent les apports des dispositifs ludiques, des simulations et des environnements interactifs d’apprentissage, notamment lorsqu’ils mobilisent les outils numériques et l’intelligence artificielle. Ils visent à concevoir des formes d’enseignement qui associent l’acquisition de connaissances à l’exercice de la décision, de l’argumentation et du raisonnement critique.
Je contribue enfin à un projet éditorial consacré aux acteurs et aux orientations de la philosophie contemporaine en Turquie. Ce projet prolonge mon intérêt pour la circulation des idées et pour les cadres institutionnels dans lesquels se constituent les champs philosophique et politique.
Ces recherches et collaborations sont réunies par une même préoccupation : comprendre comment les concepts, les institutions et les traditions intellectuelles acquièrent leur signification, se transforment et sont mobilisés dans la vie politique moderne.
5. Traduction et activités éditoriales
Mon activité éditoriale s’est développée en parallèle de ma formation universitaire et de mon travail de recherche. Inscrite dans un parcours entre les espaces intellectuels turc et francophone, elle m’a conduit à exercer comme traducteur, lecteur éditorial et éditeur, dans une perspective que je conçois comme une forme de médiation entre les textes, les traditions de pensée et leurs publics.
J’ai commencé à traduire dès ma première année de licence, à l’occasion d’une collaboration avec Ayrıntı Yayınları. J’ai ensuite rédigé des rapports de lecture pour Doğan Kitap et publié des comptes rendus d’ouvrages dans la presse littéraire. Une part importante de mon expérience éditoriale s’est déroulée au sein de Dergâh Yayınları, où j’ai travaillé à l’édition de traductions et d’ouvrages d’histoire.
J’ai traduit quatre ouvrages, dont deux en collaboration avec d’autres traducteurs. Parmi ces travaux figure la traduction du second volume des Monuments turcs d’Anatolie d’Albert Gabriel, consacré à Amasya, Tokat et Sivas, publié en turc sous le titre Anadolu’daki Türk Anıtları II : Amasya – Tokat – Sivas dans le cadre d’un projet du ministère turc de la Culture et du Tourisme. L’ensemble de mes traductions est présenté sur la page Traductions.
Pour moi, la traduction et l’édition ne constituent pas des activités périphériques à la recherche. Traduire et éditer supposent une attention aux usages des concepts, aux contextes historiques, aux traditions intellectuelles et aux conditions de circulation des textes. Cette expérience prolonge ainsi mes travaux et mon enseignement, tout en nourrissant mon attention à la construction de l’argumentation, à la cohérence conceptuelle et à la qualité de l’écriture scientifique.
